This must be the place : l’avis de Flik-Flak

this must be the place sean penn gothiqueL’HISTOIRE : Cheyenne est une ancienne star du rock. A 50 ans, il a conservé un look gothique, et vit de ses rentes à Dublin. La mort de son père, avec lequel il avait coupé les ponts, le ramène à New York. Il découvre que son père avait une obsession : venger une humiliation dont il avait été victime. Cheyenne décide de poursuivre cette quête et entame, à son rythme, un voyage à travers l’Amérique. 

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Quelque chose ne tourne pas rond dans la vie de Cheyenne, dont Seann Penn pose le masque et le personnage dès les premières secondes du film.  

Cheyenne accroche trop de regards à son khôl et nous emporte dans ses yeux d’une lenteur faussement contemplative. Derrière un bagage grinçant d’ennui, le spectateur suit une transformation d’un quotidien riche, atypique mais éthéré. Cheyenne joue en bourse, sort (avec) ses amis , joue à la pelote avec sa femme (Frances McDormand, excellente en femme pompier sur-active) dans une piscine jamais remplie et … s’emmerde. Il le sait, le dit et le vit sans pouvoir s’extraire de son personnage : une icône gothique léthargique, culpabilisant pour le suicide de 2 fans, victime lucide du star-system. 

Alors qu’il s’enlise, un heureux évènement (sans Louise Bourgouin) le rappelle à la réalité: un père, un décès, une famille, de l’autre côté de l’Atlantique. Car dans ce film rien n’est à l’endroit. Le malheur ne fait pas pleurer, mais espérer, et le bonheur dévoile un dégoût du monde : une scène de repas entre 3 couples, parés à passer une soirée calme, reflète rapidement le malaise des sentiments incompris. Et ça part en sucette. Mais bon, comme Cheyenne répète à nouveau que « quelque chose ne tourne pas rond », le film se défausse de la critique sur ce point. 

Entre obligation et ras-le-bol, Cheyenne – lentement, en bateau – traverse l’Atlantique. A son arrivée, il trouve : les regards de sa famille et une réconciliation avec le passé impossible. Sauf par procuration, ça tombe bien : une mission de vengeance est là pour ça ! 

Et c’est parti pour un road-movie à travers les US où Cheyenne se cherche sous la pluie, fait son Amélie Poulain, ment au téléphone , et se transforme en exécuteur d’une mission impossible : venger son père d’une humiliation en camp de concentration. Ici encore, quelque chose ne tourne pas rond. C’est d’une « petite » humiliation dont il est question , non d’un ensemble de crimes atroces. On peut alors se douter qu’on ne retrouvera pas de Saw VI dans les choix de Cheyenne. Ce contraste entre le poids de l’Histoire du génocide et la légèreté de l’histoire personnelle nous rapproche de la solitude de l’être humain face à ses sentiments et à ses choix. 

Au fur et à mesure des rencontres, la quête initiatique de Cheyenne gagne en profondeur. Un jeu de miroirs imprègne chaque étape. Cheyenne copie-colle des morceaux de dialogues dans d’autres lieux, avec d’autres personnages. Les réponses complètent le puzzle de sa vie. Le motif bande-son (qui gagnerait à être traduite en vostfr…) augmente ce simple mouvement de balancier entre les actes du film : Cheyenne avant, pendant, après. Enfin, et surtout, le dédoublement des plans-séquence est flagrant : la caméra se comporte comme un diamant sur un 45 tours amoché, les mêmes enchaînements reviennent, sans intro ni fin. Jusqu’à un choix de Cheyenne, une aide d’un ami de son père et la confrontation finale face au(x) « démon(s) » : tous ces miroirs se répondent, la mécanique entière prend sens et … tout s’arrête.

Avant dernière scène, l’histoire personnelle mise à nu est vengée, Cheyenne est libre dans un décor blanc immaculé, mais quelque chose ne tourne (toujours) pas rond. Un vol en avion, retour à Dublin, plus de chariot grinçant, plus de khôl, une transformation. Et la caméra qui tourbillonne dans les airs.

La force de ce film réside dans la juste interprétation des personnages posés au milieu d’un monde contrasté entre superficialité et nécessaire humanité.  Le scénario n’est nécessaire que pour montrer un chemin, mais il faut s’y attendre dans ce genre de film. Chargé d’humour et de poésie, naviguant dans les bassesses morales, ce film insuffle des envies de renouveau.

Bref, j’ai pleuré, j’ai aimé et j’achèterai le dvd. 


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Un commentaire pour This must be the place : l’avis de Flik-Flak

  1. agliam dit :

    Il a l’air sympa ce film! Merci pour la critique =)

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