Tomboy : l’avis de Pauleene

affiche tomboy film garçon manqué avis cinéma critiqueParfait. Ce film est parfait. Je me doute que cela ne va pas vous aider à vous faire un avis objectif, mais c’est ce qu’il m’en reste. Plus j’y pense, moins j’ai de choses à dire. C’est pas très facile de faire une critique quand on n’a pas grand chose à critiquer.

« Tomboy » est de ces films dont on se dit qu’il doit y avoir un monstre boulot derrière pour en arriver à procurer au spectateur, un tel sentiment de satisfaction. Pourtant, il paraît qu’il n’a fallu qu’un an pour l’écrire, monter le projet, boucler le budget, le tourner, le monter, et le diffuser. Un vrai miracle.

Il est vrai que Céline Sciamma n’en est pas à son coup d’essai. Son premier long-métrage, « Naissance des pieuvres », avait révélé une certaine finesse dans l’appréhension des questionnements adolescents sur la sexualité et la complexité des relations sociales.

Le sujet de son nouveau film, une fillette de 10 ans qui se fait passer pour un garçon, a cela de délicat qu’il questionne l’identité de genre chez l’enfant. Et à ce propos, dès qu’il s’agit des enfants, on s’expose aux plus improbables remontrances (cf. « Le baiser de la lune »). Céline Sciamma, en réalisant ce film, n’a pas voulu enlever leur innocence aux petits nenfants qui, on le sait, sont naïfs en plus d’être stupides, au point qu’il soit pertinent de retarder le plus possible leur confrontation au monde réel (ironie). Elle a juste voulu se faire l’écho de la complexité liée à la socialisation ultra-genrée des enfants, dont peuvent découler des situations individuelles déroutantes, originales, questionnantes. Comme le fait de se faire passer pour un gamin alors qu’on est une gamine.

La gamine en question, Laure, dont le jeu est sensationnel de vérité et de justesse, vient d’emménager avec ses parents et sa petite soeur, dans un nouvel endroit, dont on ne saura pas où il se trouve, quand il se trouve etc… tout cela n’a pas d’importance, si ce n’est que c’est en pleines vacances d’été, et que la rentrée des classes apporche à grands pas… Laure est ce que l’on appelle un « garçon manqué » (expression pas très heureuse si l’on considère la connotation négative de l’adjectif « manqué »), a les cheveux courts, met des shorts et des débardeurs, joue au foot, et aime conduire la voiture avec papa. Ses parents n’en sont pas moins heureux, ils s’en fichent même. Jusqu’au jour où Laure fait connaissance avec une jeune fille du voisinage, qui lui demande comment « il » s’appelle. Laure répond, spontanément, qu’elle s’appelle « Mickaël ».

C’est là où la finesse de la réalisation prend tout son sens. Céline Sciamma ne veut pas attribuer à ces enfants des réflexions sur le genre digne de trentenaires engagé-e-s et militant-e-s. Quelle gamine de 10 piges pourrait se dire « Tiens, ce serait bien si je faisais semblant d’être un garçon, pour remettre en cause la société hétéronormée, et la socialisation différenciée des filles et des garçons ». Tout est dans la spontanéité. C’est ce qui permet aussi de traiter d’un sujet aussi politique de manière grand public. Faites gaffe de pas vous faire avoir, le travestissement est carrément mignon dans ce film (ironie bis). Et les enfants ne pensent pas aux conséquences…

Se faire passer pour un garçon ressemblerait presque à un jeu, tant les stratégies développées par Laure-Mickaël pour ne pas se faire roder sont variées, et judicieuses. Pour preuve, la zigounette en pate à modeler glissée dans le maillot de bain, pour aller faire son beau à l’étang avec les copains, sans risquer de faire foirer sa couverture. Mais les enfants sont cruel-le-s (alors que les adultes c’est peace and love, bien entendu). Et quand le secret est découvert par le groupe de gamin-e-s au milieu duquel évoluait Laure-Mickaël, un grand besoin de preuves les amène à « vérifier » la chose. Et là c’est pas drôle.

Les adultes ne sont pas totalement absents de ce film, contrairement au premier long-métrage de Céline Sciamma qui ne mettait en scène que des adolescents. Leur participation dans le film est certes, mesurée, mais réfléchie. Leur réaction, quand ils découvrent que leur fille s’est fait passer pour un garçon, est plus que crédible, et ne les rend pas ultra tolérants aux yeux du spectateur, pas plus qu’elle ne les rend horribles d’incompréhension. On voit qu’ils sont désemparés, maladroits, et essaient de faire ce qu’ils peuvent pour que la situation ne leur porte pas préjudice, ni à eux, ni à leur fille, et on n’est pas tenté de juger.

En vrai, ce film pose beaucoup de questions, sans forcément apporter de réponses. C’est presque là que se trouve sa force. Savoir sortir des raisonnements sociologiques et scientifiques, et montrer l’individualité d’un phénomène « universel » : le passage à la puberté, la découverte de soi, et les stratégies d’évitement des chemins balisés…  Faut dire que quand on voit ça, on n’a pas envie d’y passer…

C’était pas facile de faire un film pareil sans mélo, sans drame, et sans jugement… Bravo à Céline Sciamma donc, qui, avec « Tomboy », confirme son talent de réalisatrice. Mention particulière à la photographie, et au jeu sur les couleurs qui donnent une certaine sensation de clarté, d’intemporalité et de pureté.

A propos pauleene

Pas vraiment fan de cinoche, j'apprécie les films qui me font tout oublier. Comme je suis dans la vie active, malheureusement, je n'ai pas beaucoup de temps, et je déteste le perdre à aller voir des films tout pourris. Je ne suis donc pas vraiment ouverte, et en plus de ça, comble du malheur, j'ai quelques principes et valeurs (pacifiste, féministe...), et j'aime aller voir des films qui leur font écho, et qui me font réfléchir. Par contre, je peux louer (parfois, quand je suis au fond du trou) des DVD avec Jennifer Aniston. C'est juste pas pareil;)
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2 commentaires pour Tomboy : l’avis de Pauleene

  1. Claire dit :

    J’ai vu ce film dans le cadre d’une avant première au cameo de Nancy.
    J’adhère totalement à cette critique donc je n’ai rien à ajouter, je peux juste encourager tout le monde à voir ce film.

  2. Watcher dit :

    Eh bien finalement, tu as réussi à trouver les mots. Je suis entièrement d’accord avec toi, et c’est une telle bouffée d’air frais de voir un film français, sur une telle thématique, ne pas s’encombrer de morale ou de jugement (c’est tellement rare en fait).

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