Too much Pussy : l’avis de Pauleene

too much pussy judy minx emilie jouvet affiche sexe road tripEmilie JOUVET, photographe et réalisatrice, entre autres, du premier film porno lesbien et queer français, « One night stand », nous fait (re)découvrir, avec ce documentaire, la scène féministe pro-sexe.

Ces femmes, queer, transgenres, et tous-tes les autres, pensent que se définir en tant que femmes, et avoir une chatte (ou pas, d’ailleurs), ne veut pas dire se soumettre aux fantasmes hétéronormés imposés par notre société patriarcale. Et ouai. Ca veut dire qu’on peut avoir envie de baiser avec n’importe qui, n’importe quand, et n’importe comment. Et que c’est pas grave. C’est bien, même. Emilie JOUVET a accompagné pendant près d’un mois, un groupe de femmes parties sur les routes de l’Europe proposer leur Queer[1] X Show. Un tremblement de terre pour les âmes bien pensantes du Vieux Continent qui ont vu défiler sur scène des performances artistiques allant de la masturbation assistée par vibromasseur, au travestissement suivi d’un strip-tease intégral, en passant par un cours sur l’anatomie féminine. Autant de manières de réinventer, et de décomplexer, le désir et la jouissance.

La désacralisation du sexe féminin

Gustave COURBET a bien essayé, et malgré sa bonne volonté, il s’y est pété les dents le pauvre. Le sexe féminin, c’est sacré. Et surtout, c’est tabou. Ainsi, quand l’une des performeuses participant au Show propose aux spectateurs (et à la caméra), de jeter un coup d’oeil à son cervix (col de l’utérus), c’est une découverte autrement plus époustouflante que celle de l’Amérique. Un peu exhibitionnistes sur les bords, il faut bien le dire, elles rendent service à toutes les femmes (et les hommes aussi), en les aidant à mieux prendre connaissance de leur corps, pour, pourquoi pas, s’en libérer un peu ?

Non, la femme n’est pas une faible créature dont le désir s’émoustille à la lecture de Roméo et Juliette (ou au visionnage de « The BodyGuard » avec Keviiiiiiiin, c’est selon) et qui se contente des carcans romantico-sexistes qu’on lui impose. On peut aussi avoir envie de se promener à poil dans la rue. On peut aussi avoir envie de se masturber. Et de faire plein d’autres choses. Et surtout, SURTOUT, il ne faut pas en avoir honte. Cela ne fait pas des femmes des grosses salopes. Ou plutôt si, mais, et alors ??

Assumer ses fantasmes pour mieux les déconstruire (ou l’inverse ça marche aussi : déconstruire ses fantasmes pour mieux les assumer)

Les féministes institutionnelles d’un autre âge combattant le sexe tarifé, et rejetant certains fantasmes sous prétexte qu’ils sont le reflet de la domination masculine n’ont qu’à bien se tenir. Oui, il y a des femmes qui fantasment sur le viol (ce qui ne rend pas du tout ce dernier plus acceptable). Oui, il y a des femmes qui regardent des films porno (même si peu le disent), et des films porno qui sont loin de mettre en valeur la femme, n’est-ce pas… Et alors que devrait-on faire ? On devrait s’interdire ces pensées sous prétexte qu’elles sont féministement répréhensibles ?

Nous vivons dans un monde parfois cruel, souvent violent, dominé par les hommes, et dans lequel les femmes ne sont qu’une minorité. Mais en attendant il existe, il nous entoure, il nous façonne. Certes, on peut tenter de le façonner à notre tour, c’est même conseillé. Mais il faut composer avec, et ce n’est pas en cachant ces « choses sales » sous notre oreiller qu’on pourra les changer. Il faut d’abord l’accepter. Et refouler n’a jamais été conseillé. Alors prenons cette réalité à bras le corps, et assumons nos fantasmes. Telles les artistes du Queer X Show, faisons la promotion du sexe décomplexé ! Oui bon d’accord c’est pas si facile hein…Faut pas croire, il faudrait du temps, et beaucoup de réflexion pour qu’on en arrive là…

Le monde sans sexe c’est nul

Quand je suis sortie de cette projection, j’ai trouvé le monde bien triste, bien fade, après une telle explosion de joie de vivre, de réflexion, de remise en cause, d’action directe, de culot.

Ce qui est dommage, c’est que rien n’ait été montré des réactions des spectateurs-trices du Show, et rien non plus sur les relations entre ces femmes qui composent ce groupe. Car, bien évidemment, on aimerait que cette image du sexe, comme soupape de pacification des rapports humains permettant d’éviter tout conflit explicite, puisse être véridique.

–          « Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux te battre ? T’es pas d’accord avec ce que je dis ? »

–          « Oh bah si on baisait plutôt ? »

–          « D’accord »

Et hop, toute cette haine, cette rage, cette envie de frapper, de gueuler, tout d’un coup vidée de sa substance en même temps qu’elle s’échappe dans des caresses, bisous, mordillements, finissant en soupirs, gémissements, ou, pourquoi pas, cris orgasmiques…le pied hein ? Mais bon, faut pas rêver. Si le sexe est une composante sociale importante, il n’est pas au centre de tout. C’est pourquoi on s’interroge sur les rapports de ces femmes entre elles, qui, si on sait qu’elles ont des relations sexuelles de façon sporadique (ou pas), ont certainement développé d’autres liens qui ont plus trait à l’amitié, l’amour (qu’il soit poly ou exclusif), la complicité, et l’échange intellectuel.

Car ces femmes réfléchissent, et pas qu’un peu. Qu’elles soient sex-workeuses, actrices porno, photographes, performeuses, DJ et j’en passe, elles confient à la caméra leurs questionnements concernant leurs actions, et ce qu’elles peuvent faire pour désenclaver la femme des clichés hétéronormés qu’on lui impose.

Ce film est un pavé dans la marre. Stop aux faux-semblants, et j’aimerais croire que les 82% des femmes qui disent ne pas se masturber mentent par pudeur, ce qui serait, certes, préjudiciable, mais beaucoup moins que si elles n’étaient pas au courant de cette possibilité…


[1] La mouvance « queer » interroge la norme hétérosexuelle de nos sociétés et cherche à questionner et à redéfinir les genres. C’est ce qu’on appelle une définition ultra méga simplifiée, mais c’est juste pour vous faire envie.

A propos pauleene

Pas vraiment fan de cinoche, j'apprécie les films qui me font tout oublier. Comme je suis dans la vie active, malheureusement, je n'ai pas beaucoup de temps, et je déteste le perdre à aller voir des films tout pourris. Je ne suis donc pas vraiment ouverte, et en plus de ça, comble du malheur, j'ai quelques principes et valeurs (pacifiste, féministe...), et j'aime aller voir des films qui leur font écho, et qui me font réfléchir. Par contre, je peux louer (parfois, quand je suis au fond du trou) des DVD avec Jennifer Aniston. C'est juste pas pareil;)
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4 commentaires pour Too much Pussy : l’avis de Pauleene

  1. grandsteack dit :

    « Nous vivons dans un monde parfois cruel, souvent violent, dominé par les hommes, et dans lequel les femmes ne sont qu’une minorité. »

    Il me semble que le rapport hommes/femmes sur terre est de 49/51% …

  2. Popo dit :

    Je parlais pas de quantité😉

    • fabulous dit :

      « Nous vivons dans un monde parfois cruel, souvent violent, dominé par les hommes, et dans lequel les femmes ne sont qu’une minorité. »

      @Grandsteak  » Dans lequel les femmes sont vues/considérées comme une minorité « 

  3. Ping : Fast and Furious 5 : l’avis de Grandsteack | On l'a vu, nos avis

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