Armadillo: l’avis de B00L

Même si ce flim est déjà sorti il y a un mois, il mérite quand même sa critique. Pourquoi? C’est pas tous les jours qu’on voit un film danois, ou plutôt documentaire sur la guerre en Afghanistan, qui se passe au camp d’Armadillo (tatou in english). Je vous vois venir: « Encore un énième film sur la guerre en Afghanistan/Irak, ça y est c’est devenu un genre à part entière comme le « film de guerre du Viêtnam » (genre dont aujourd’hui il ne reste que quelques perles mais on oublie tous les autres navets sortis à l’époque) « . Oui c’est devenu un genre avec tous ces films ratés surfant facilement sur l’idéal patriotique américain ou sur l’horreur de la guerre et l’anti-américanisme. Si on peut retenir quelques noms comme Jarhead(bon c’était la 1ère guerre du Golfe mais bon….) ou Démineurs, on ne peut pas dire que le film de guerre ait connu une grande révolution depuis ceux sur la guerre du Viêtnam (« la première victime de la guerre c’est l’innocence » de Platoon). De ce côté-là, Armadillo est dans la bonne moyenne voire mieux. D’un côté moins cinématographique (au sens divertissant du terme), c’est le côté documentaire qui est franchement prenant.

Le film de guerre étant un genre à part entière et très codifié, une critique passera forcément par l’analyse du film en tant que film de guerre: qu’apporte-t-il au genre? Alors qu’on a eu droit à une nuée de films sur la guerre en Irak/Afghanistan, la qualité est restée très médiocre. On a voulu nous vendre des soit-disant documentaires ou docu-fictions en utilisant notre vilaine curiosité, notre volonté de sang mais pas celui qu’on rencontre dans The Expendables, c’est quelque chose de réel qu’on recherche: il y a pas très très longtemps dans une pas très très lointaine galaxie… Les studios de ciné voulaient sûrement piquer la vedette aux médias dans leur course au sensationnel, en rajoutant souvent une once de théorie du complot pour pimenter tout ça. Des exemples? Monsieur Greengrass et son Green Zone, film très vite oublié alors que son réalisateur était en bonne forme après La vengeance dans la peau (avec le même Matt Damon) et que le sujet était intéressant (les armes de destruction massive: infos/intox?), il sera bien mieux traité dans un autre film d’un autre genre: Fair Game. Battle for Haditha: c’était censé être le film représentant dans la catégorie « bavure à l’américaine », mais non, on a le droit à un film totalement irréaliste vis-à-vis des procédures/tactiques/stratégies militaires sans compter le mélo ultra-présent et des supers acteurs… Bon Armadillo avait pas grand chose à faire pour surpasser ces mauvais films (j’oserais « navets » pour certains). Vous voulez du réalisme? Vous serez servis puisque c’est un documentaire.

Cela nous amène donc au second point: le côté documentaire.  « Quoi? Mais t’as à peine parlé d’Armadillo dans le premier paragraphe! » En effet, oui. Tout simplement parce que tout (ou presque)ce qu’on est en droit d’attendre d’un film de guerre peut être satisfait avec un documentaire en particulier avec Armadillo.
-Un scénario? Des jeunes soldats qui partent se battre (euh c’est pas très original… oui, c’est un film de guerre. Point barre) La tension provoquée par l’inconnu, la jungle du champ de bataille est bien là.
-Des personnages? Les mêmes que d’habitude. Il quittent leur famille, vont s’entraîner, font la fête avant leur départ, ne savent pas vraiment pourquoi ils partent, mais ils y vont.
-De l’action? Des morts? Des explosions? Les caméramans sont au milieu des patrouilles capturant les moindres images, tout ça sachant que les Talibans sont postés à 800mètres du camp, je pense que ça suffit. Ici, rien n’est exagéré, la réalité brute, aux critiques « c’est pas comme au cinéma » on pourra rétorquer à bon droit « la guerre c’est pas du cinéma ». L’immersion est totale, on a la trouille quand les premiers coups de feu retentissent, le caméraman plongeant à terre alors qu’il continue de filmer, on se croirait joueur d’un FPS (first person shooter) mais sans armes, impuissant au milieu du chaos. Cette technique est encore impressionnante lors des passages où les caméras sont fixées directement aux casques des soldats. La mort, la vraie est aussi montrée crûment, seuls les visages sont floutés, pas d’effets spéciaux…
-Un très bon réalisme? Non, la réalité.
-De la musique? Prenante, mais seulement à faible dose, juste pour magnifier le pouvoir des images.
-Des émotions? Elles semblent vraies et pourtant, on atteint sans doute les limites du documentaire. La présence de la caméra fausse sûrement le comportement des civils et des soldats: ils font les fiers, ont peur, mentent ou se confessent, mais il est clair que la caméra est la majeure partie du temps un intrus. C’est l’observateur qui modifie les conditions de l’expérience du fait d’observer (un peu comme le chat de Shrödinger, miaou, j’étale ma confiture culturelle). Mais là encore, ce côté est voulu; et nous, spectateurs, l’ayant intégré, cela nous fait découvrir des nouvelles facettes des personnages, qui semblent décidément bien humains.

Enfin je voudrais souligner le monteur qui avec sûrement une énorme quantité de rushs (dont un paquet inutile) a su tirer quelque chose de cohérent et rythmé, on se rapproche beaucoup d’un film normal. L’unité du récit vient du fait d’avoir coupé toute la chaîne de commandement au montage, le film est purement centré sur les soldats.

Ne jouant pas dans la cours des grands côté effets spéciaux, on pourra lui reprocher un rythme mollasson, mais c’est que les grosses productions nous y ont habitués alors que la réalité semble tout autre comme le montre Armadillo avec tact et franchise. A recommander donc à la fois aux amoureux du genre et aux autres qui veulent voir la guerre de l’intérieur et pas transformée et filtrée par nos médias (je dis « nos » car les danois ont l’air d’avoir choisi la transparence en autorisant l’équipe de Janus Metz à tourner sur la base militaire).

Cet article, publié dans 1er Trimestre 2011, Armadillo, La Cinémathèque, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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