Somewhere: l’avis de B00L

affiche somewhere sofia coppolaA la question « c’est quoi Somewhere? », on vous répondra sûrement « un film de Sofia Coppola », et à part ça? (On pourrait vous parler de ses récompenses, en particulier du Lion d’or décerné par Tarantino et son Jury à la Mostra de Venise, mais bon.) On sera bien embêté pour vous parler du scénar. Oui, car l’argument Sofia Coppola semblait parler de lui-même: quatre long-métrages (Virgin Suicides, Lost in translation, Marie-Antoinette et donc Somewhere ) couronnés de succès, la fille de Francis Ford Coppola semble marcher dans les traces de son père, à savoir: faire d’excellents films (bien que totalement différents, soulignons-le).

 

Mais quid du scénario alors? Un acteur en période faste (enfin pas pour lui apparemment) qui se retrouve avec la garde de sa fille pour une période indéterminée. Un peu léger? Oui je pense que vous avez tout à fait le droit de le penser et d’ailleurs même après la vue du film, vous le penserez toujours, du moins quand vous serez redescendu de ce petit nuage sur lequel on vogue grâce aux films de Miss Coppola. Ayant adoré le film, j’ai bien tenté de le défendre face aux critiques concernant le vide du scénar ou pire des idées, car ce sont des idées que Sofia nous avait habitué à mettre si joliment en scène. Non, ici, la force du film résidera essentiellement dans les sensations. Point d’idées guidées à part les thèmes, somme toute classiques, de la relation père-fille et de la dépravation environnant Johny Marco (interprété par Stephen Dorff qu’on avait un peu perdu de vue), et encore! Ces thèmes ne sont pas clairement approfondis, les pistes de réflexion sont des détails, des musiques, des cadrages, des décors…

Si on fait une comparaison avec les œuvres précédentes de Sofia Coppola, on se rend compte que toutes avaient des thèmes très profonds explorés avec beaucoup de tact et de légèreté (cette pointe enfantine et féminine qu’on a du mal à retrouver ailleurs, les réalisateurs masculins travaillant beaucoup plus dans la violence et les esprits torturés des hommes; je pense notamment à Inarritu avec Biutiful par exemple ou pour rester proche de la famille à Coppola père et Apocalypse Now qui est bien plus qu’un film de guerre ou un film de guerre sur le Vietnam). Après le suicide et l’adolescence dans Virgin Suicides, la quête du sens de la vie dans Lost in translation et la « révolution féminine » dans Marie-Antoinette, il semble que Sofia Coppola soit à court d’idées: beaucoup ont désigné Somewhere comme étant un nouveau Lost in translation. Même s’il est vrai qu’on retrouve un personnage principal masculin, « sauvé » de la décadence/dérive par une/sa fille. Ici, le personnage principal a presque tout, enfin ce que certains appellent tout à savoir l’argent et la célébrité; ça en blasera peut-être beaucoup, comment s’attacher à des personnages si lointains de nous? Et pourtant on sent tout de suite qu’il n’a rien: il est seul et s’ennuie, même conduire sa belle Ferrari sur un circuit ne l’amuse plus (cette Ferrari est le symbole de tout ce qu’il a gagné et de toute sa vie, c’est pour cela qu’elle est longuement filmée au début et à la fin). Sa vraie richesse réside vraiment dans sa relation avec sa fille, qu’il ne voie que peut souvent puisqu’il est divorcé (ah! il n’est pas totalement parfait finalement!). Si son monde l’étouffe et le condamne à la dépravation quand il est seul, ce même monde devient un terrain de jeu quand il est avec sa fille. Mais cela ne fait que lui rappeler à nouveau où/qui il est. Ce contraste flagrant sera pour lui le déclic…

En voilà de beaux sentiments… et pourtant si banals, c’est bien là que réside le vide de scénario, sans compter que le thème de la perdition d’un homme dans un monde sans saveurs avait déjà été traité avec brio dans Lost in translation. Pourtant, il me semble que la clé du film ne réside pas essentiellement dans la richesse du scénar: en souhaitant voir un film aussi fouillé que les précédents Coppola, on est dans l’impasse pour profiter de l’essentiel: les détails. Remarque paradoxale s’il en est mais c’est bien ces détails qui font tout le film. A commencer par ces plans fixes interminables (symboles de l’ennui/de l’emprisonnement de Stephen Dorff? si c’est la bonne interprétation, le plan fixe sur la piscine où il dérive hors champ sur son matelas gonflable prend tout son sens), il laissent naître tour à tour l’envie, le doute, le rire, la pitié… Ces éléments de décor dont on ne sait pas s’ils ont été choisis au hasard: que dire des panneaux affichant des slogans tronqués?…Cette musique, omniprésente, douce et pourtant n’étant pas seulement un fond sonore (à l’heure où la musique dans un film est souvent soit trop envahissante soit absente, une musique en parfaite symbiose avec l’image est plutôt rare: je ne parle de ces morceaux géniaux qui donnent envie de se trémousser qui n’ont presque aucun rapport avec la scène à l’écran). Je signale qu’une partie de la bande sonore est composée par Phoenix (ils sont pistonnés, le chanteur a couché pour réussir), cependant mon morceau préféré  n’est pas d’eux: c’est « I’ll try anything once » des Strokes. Je souhaite de comprendre un minimum l’anglais pour suivre les paroles des chansons qui font partie intégrante du film (oui et pour une fois j’avais la chance de voir le film en VO). Je pourrais aussi vous parler du montage, de la photographie, des dialogue, de la performance des acteurs (Elle Fanning magnifique et on a le droit à une apparition de Benicio Del Toro)… Mais je me sentirait un peu faible pour décrire au global ces choses qui mériteraient presque d’être discutées plan par plan tant l’absence de réflexion guidée permet des interprétations multiples.

Finalement, Somewhere est bien un film de Sofia Coppola: le style méticuleux et aérien, la musique et les émotions à la fois légères et puissantes. Outre le fait que le style peut déplaire car trop « à l’eau de rose », le film pâtit d’un scénario peu fouillé… Mais l’intérêt est alors focalisé sur l’esthétique et la technique: libre à vous de juger si la puissance du cinéma c’est le « comment raconter une histoire » et pas l’histoire en elle-même.

Cet article, publié dans 1er Trimestre 2011, La Cinémathèque, Somewhere, est tagué , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Somewhere: l’avis de B00L

  1. Une cousine dit :

    Lu ici une autre critique qui tente son explication du « vide »:

    http://unechicfille.blogspot.com/2011/01/somewhere.html

    intéressant aussi…

    • B00L dit :

      On se rejoint bien sur le vide et l’ennui, et j’aime bien cette idée du Beau dans l’ennui! Mais je reste quand même sur ma position concernant une vacuité encore plus grande dans Somewhere que pour les films précédents

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