Machete: the interview

Chronique spéciale pour Machete. Vu que toute l’équipe s’est déplacée pour voir ce chef d’œuvre (ou pas), et le Jury ayant déjà fait son boulot, ce dernier a décidé d’interviewer cette bande de branleurs que sont les (cas) critiques de ce blog. Attention chérie, ça va trancher.

Le Jury: Mademoiselle, messieurs, une petite piqûre de rappel : Robert Rodriguez, c’est « Une nuit en enfer », « Desperado » ou encore « Planète terreur », du candidat pour la palme de plomb donc. Du coup, le scénario de Machete c’est quoi : ça tient sur un morceau de sucre ou ça vise le Pulitzer ?

Grandsteack : Y’en a un !  C’est pas du Philip K. Dick, mais on dépasse le cadre méchants contre gentils avec des rebondissements au niveau des traîtrises, et un message politique.

Claudotator : On est assez loin de la série B vu qu’on a droit à un bon scénar bien profond, même si la réalisation essaye de se rapprocher des Grindhouse par les effets spéciaux cheap et le gore (et les plan nichons). Cependant, le scénario nous laisse une bonne part de réflexion sur l’immigration et les dérives populistes des politiques (comme les Tea Party américaines ou bien les dérives sécuritaires de notre gouvernement et de l’opposition).

Agliam : Le thème de la frontière mexicaine était vraiment bien trouvé, surtout avec l’actualité (ils sont en train de construire un mur « protégeant » la frontière Américaine). Moi qui aime les films engagés ou traitant de points sensibles, je suis servie : le bazardage des pauvres sombreros à la kalachnikov filmé dans un décor made in Guerre du VietNam, destiné à être sorti en DVD pour les fans d’extrême droite… j’ai trouvé ça terrible.

Bool : Rien de très folichon dans cette catégorie, le scénario est connu d’avance pour quiconque ayant vu la bande-annonce, à part peut-être le rôle de Jessica Alba et de Steven Seagal qui ne sont pas de grandes surprises non plus… Les réflexions politiques? Mais quelles réflexions? Pas de nouveautés, on voit le Texas côté anti-mexicain (référence d’ailleurs à l’histoire du Texas qui fût mexicain puis acquis son indépendance (cf Fort Alamo itou)), les bonnes vieilles rengaines anti-immigration, les lobbys et les complots, quoi de plus banal pour un film se passant aux US. Mais bon, dans Machete, c’est pas le scénar qui compte!

Le Jury: Mitigé pour le scénar donc, malgré un effort significatif par rapport aux précédentes productions. Si on va dans le détail, les personnages ça donne quoi ?

B : On retrouve bien tous les clichés que l’on s’attendait à trouver: Machete en pur justicier mexicain (un peu à la Punisher, je dois dire), les méchants, les sous-fifres, les filles canons avec des gros flingues (on se croirait avec De Niro en train de regarder « Chicks who love guns« ). A part Machete, j’ai trouvé que les persos interprétés par Cheech Marin et Steven Seagal étaient originaux: le prêtre bastonneur et le héros chuck norrisien se transformant en méchant utlime

G : Biens. Souvent manichéens, leurs excès font notre bonheur.

A : Le personnage qui m’a fait vraiment rire dès le début du film, c’est la jeune fille à poil qui l’attendait dans sa chambre, le téléphone portable planqué entre ses jambes. Mais à part ça, les caricatures y sont toutes : McLaughlin : un sénateur pourri complètement tordu (à en croire son prêtre… on en doute plus), sa fille nymphomane jouée par Lindsay Lohan (étonnant dites donc !), Sartana : une flic en talons aiguilles qui se balade avec son enregistreur chez les clandestins, une « Ché » révolutionnaire plutôt canon et bien sûr… MACHETE. (Qui n’envoie pas de textos). Machete, prononcez « Matchété », est sympathique de par son allure de guérillero aztèque, il ne parle pas pour rien dire et contemple les choses avec un calme perturbant. Cela dit, il y en a quelques-unes que ça n’a pas perturbées !

Le Jury : Rectification, le père pervers pépère, c’est Booth, le lobbyiste. Sinon au casting, y’avait quand même une sacré brochette de tête d’affiche. C’est plutôt recyclage de fin de parcours ou coup de pouce à un cinéaste dans le besoin ?

G : Ils sont bons (et elles sont bonnes). Entre ceux qui cabotinent (Seagal, De Niro, Cheech Marin) et les premiers degrés (Trejo, Don Johnson), + des femmes fatales en décalage (mention spéciale à Lindsay Lohan pour l’autodérision), ça déroule.

C : Au risque de contredire le Jury (pardon !), c’est plutôt un coup de pouce de la part d’un cinéaste à une bonne brochette d’acteurs ! Merci à Rodriguez d’avoir donné un vrai rôle a Steven Seagal! Sinon, petite remarque au passage, le rôle habituel de celui-ci (un caissier/ cuisinier/mexicain ancien Béret Vert/Rouge/disciple de Chuck Norris) est tenu par Danny Trejo, alors que lui-même joue le méchant traditionnel de ses films habituels.

B : Côté acteurs on est bien servis, la bande-annonce était alléchante et les performances sont au rendez-vous, chacun joue parfaitement son rôle parfois avec flegme (Machete, le Kitano bis, sans expressions) d’autres à grands renforts d’expressions théâtrales (Booth, qui a bien l’air con comme ses pieds, le méchant de base). Je mettrais un bémol sur la perf de Jessica Alba mais bon en même temps, c’est pas vraiment une grande actrice, hein?

A : J’ai bien aimé le jeu de Jessica Alba (qui jouait la flic) qui s’est tout à fait adapté au style de Rodrigez (même si le fait qu’elle perde son œil m’a vraiment fait pensé à Tarantino…)

Le Jury: Tu voulais sans doute parler de l’œil de Michelle Rodriguez, mais le Jury te pardonne vu la grande réunion familiale que constitue ce flim (la productrice est l’ex de Bébért Rodriguez, et les deux infirmières barjos sont ses nièces, sans compter les 40 Rodriguez au générique). Scénar, persos et acteurs, c’est fait, on peut peut-être passer à la partie « technique ». C’était comment les effets spéciaux ?

A : J’ai absolument adoré (mais failli vomir) à la scène du scalpel et des boyaux… je vous laisse deviner tous seuls ce que ça peut donner si vous ne l’avez pas encore vu !! Mais sinon l’explosion de la maison de Luz était aussi pas mal (j’ai bien aimé le détail de l’œuf qui cuit sur le sol…).

G : Ça va du nul au moyen, mais comme c’est fait exprès c’est marrant.

C : Moche a souhait! Je me souviens encore de la blessure de Steven Seagal que l’on croirait faite par un manchot sous Paint… Mais ça colle avec le coté B du flim.

B : Que dire? qu’ils collent parfaitement au type de film? Oui. Tantôt old school avec explosions dignes des seventies tantôt réalistes à souhait avec démembrages et décapitations à la chaîne… Pari tenu de ce côté-là donc.

C : Je ne suis pas d’accord avec Monsieur B sur les…

( -Au fait, pourquoi je m’appelles monsieur B ?)

( –Parce que t’es une pédale !)

…les effets spéciaux… les explosions sont plutôt réaliste (à part celle que l’on peut voir sur la bande annonce) alors que les démembrages et autres utlisent plutôt la technologie CGI qui est maintenant l’apanage des films de série B et Z

(-Tu sais ce qu’elle te dit, la pédale ?)

(-J’en sais rien, qu’elle est douce ?)

Le Jury: Enfin un truc de série B ! Le Jury joue tant qu’il gagne, parlons du montage :

G : Pas bon, mais fait exprès mais pas ostentatoire non plus. Du coup, on n’a pas l’impression que ce soit vraiment assumé.

C : Comme papy l’a remarqué on trouve des références à Pulp Fiction, par exemple dans la scène de zigouillage du labo. Sinon pas de bobine manquante comme dans Planet Terror… Et heureusement! Après les Grindhouse cela aurait peut-être fait un peu too much. Surtout que Rodriguez en a tiré la quintessence lors de Planet Terror (sur ce point là, on sent que Rodriguez a vu le gimmick « scène manquante » dans « Death proof » et s’est dit qu’on pouvait améliorer ça… copiteur!). On trouve aussi des références à Terminator 2 (dans l’hôpital avec le bouquet de fleur et dans l’église avec Savini en cuir qui défouraille d’une seule main (j’ai oublié les autres, mais ça va me revenir…). Le fait de copier des films cultes en moins bien renvoie bien vers les films de série B/Z où une grande part des films sont des remakes pourris des box offices de l’année

B : On observe pas de montage particulier type Grindhouse (ce qui avait fait (ou pas) le succès de Planète Terreur et Boulevard de la mort), le montage est rapide et immersif mais pas très original, seul la scène d’introduction participe au folklore du flim

A : Heum, ben ça ressemble beaucoup à Tarantino. Après… je sais pas !

Le Jury: Grindhouse, Tarantino, même si dernier n’est pas credité pour cette fois au générique, on sait que ses collaborations avec Rodriguez faisaient toujours plaisir à entendre. Qu’en est-il de la musique cette fois-ci?

C : On sent la patte de Rodriguez qui a composé la plupart des musiques avec son groupe… Sinon, les gimmicks passent bien (dans le sens qu’ils arrivent avec leurs gros sabots, comme dans les séries B)

B : Musique d’ambiance avec mélange de genres, j’ai bien aimé la musique de vieux pornos pour la fameuse scène (Machete en a une grosse). Le reste est pas tellement marquant, on oublie les chansons qui rentrent dans la tête style Dark Night dans From dusk till dawn.

A : J’ai trouvé ça trop cool d’avoir deux types de musiques différentes pour les scènes d’action et les scènes de sexe. Ça nous mets tout de suite dans le bain.

G : Bien. Du vieux porno aux mariachi, ça colle.

Le Jury: Ah ba bravo Grandsteack, non seulement tu sers à rien depuis le début, mais en plus t’es graveleux. Bon. Autre chose à surveiller chez Rodriguez, les dialogues! Ils sont souvent succulents soit par leur violence soit par leur décalage total avec l’ambiance du film. Qu’est-ce que ça donne ici?

C : Pas grand chose a dire sur ce côté là, on a eu la plupart des punchlines dans les deux bandes annonces…

G : Bons : « Machete n’envoie pas de texto ». « Machete improvise ». « Tu devrais vraiment travailler là-dessus ». Plus ceux de la bande annonce.

B : On est pas mal servi niveau répliques cultes, faut-il encore l’avoir vu en anglais. J’ai encore dû subir la VF et les fameuses tirades de la bande-annonce ressortent moins bien en français. D’ailleurs la plupart des répliques cultes viennent de la bande-annonce… Le reste des dialogues n’est là que pour meubler, le problème c’est que ceux qui devraient faire avancer l’histoire sont complètement plats.

A : * MACHETE DON’T TEXT (mais y’a une faute de conjugaison.. Boon d’accord c’est pas ça qu’il fallait retenir…). A part quelques répliques cultes vraiment hilarantes, certains dialogues étaient un peu fades (avec la flic surtout). On voit que c’est un film d’action quoi !

Le Jury: Oui, l’action! On a vu que ça pétait de partout dans la bande-annonce: est-ce que les effets « spéciaux » servent bien l’action ou l’humour, lui aussi spécial, du flim?

G : Le coup du thermomètre, des bras dans tous les sens, De Niro en peon, Lindsay Lohan en nonne avec un uzi, la croix en écran de surveillance. Film visuellement très drôle.

C : Oui. On pourra rigoler pendant de longues minutes sur le thermomètre du cadavre qui brûle, qui remportera (à mon avis) tous les votes pour le meilleur effet comique de cette fin d’année (si on exclut Very Bad Cop).
Pour les nostalgiques et les fans de Steven Seagal, on notera le jingle de l’homme qui valait 3 milliards à chaque fois que Seagal dégaine son sabre. Steven Seagal serait un surhomme ?

B : Encore quelque chose que Rodriguez n’a pas bâclé. Entre les effets gores jouissifs, toutes les trouvailles autour des machettes, les morts aussi stupides les unes que les autres, le cocktail est marrant à voir. Cependant pour comparer à Planète Terreur, il est à un niveau largement en dessous, on sent que Rodriguez même s’il s’est appliqué, s’est retenu de faire quelque chose d’encore plus décalé. (Bien sûr, mention spéciale à la scène de la « cabane » avec le thermomètre à la fin).

Le Jury: Rodriguez s’est souvent fait aider par Tarantino pour la réalisation, sous le couvert d’une relation amicale qui sent le prétexte à des leçons particulières de cinéma. Alors ? Il est comment Bébert, quand il est tout seul aux commandes ?

B : Rodriguez oscille entre le film complètement tordu style Grindhouse (l’objectif étant la grosse déconnade en « parodiant » les séries B (je mets les guillemets car ce n’est pas un parodie style « Scary Movie » ou récemment « Vampires suck », c’est bien plus recherché et moins grossier)) et un film un peu plus sérieux avec un simili-réflexion politique. Parfois il laisse cours à ses pulsions, pour notre plus grand plaisir, et le reste du temps il s’engage dans un réalisation très classique qui fait un peu tâche donc au milieu du reste du foutoir.

G : Pas mal, de nombreux plans marquants : quand il décapite 4 bonshommes d’un mouvement circulaire en vue du dessus, ça déboîte.

C : Rodriguez hésite entre faire un bon film, quitte à laisser tomber la bande annonce original et rester fidèle à la BA, et faire un film dans la veine de « Planet Terror »…

Bon, il est temps de mettre fin à la purge que constitue cette chronique. La question qui tue pour finir : Machete, on mouille ses sous-vêtements ou on pleure des larmes de sang ? (Ouai ça rime et y’a le même nombre de pieds, le Jury a fait des études).

G : Je suis plutôt mi-figue mi-raisin mi-pomme mi-citron mi-pamplemousse : beaucoup de références aux films de genre, mais il y a un scénario : au final, un film qui a le cul entre deux chaises, entre sérieux et grosse déconne, le tout saupoudré de bonnes idées. Mais c’est clair que c’est fun quand même.

C : C’est un bon bon film avec un message politique que l’on voit que trop rarement mais déçu que Rodriguez ne s’en soit pas tenu à l’optique Grindhouse (un condensé de serie B)… En gros, il a fait du remplissage sur la bande annonce qui dénature l’attente initiale. Mais si on ne le regarde pas dans l’optique film de série B, on se retrouve avec un bon flim.

B : Je dirais que la promesse n’est pas vraiment tenue, mes attentes étaient vraiment fortes après le diptyque Grindhouse et ce petit bijou qu’était la bande-annonce. Seulement voilà, Rodriguez n’assume pas totalement cette position de film comique (enfin on va dire gore-comique) et en fait un film déséquilibré voir même sans réelle substance, ce qui était nécessaire pour garder un souvenir positif du film. J’en retiens tout au plus une succession de scènes intéressantes.

A : Pour conclure j’ai vraiment passé un bon moment au cinéma et j’ai été très surprise d’autant rire dans un film aussi gore !! C’était mon 1er Robert Rodrigez et je n’en suis pas déçue.

Voilà, c’est enfin fini, le Jury aura quand même appris deux trois trucs : Rodriguez (le réalisateur, pas l’éclairagiste, ni l’électricien, ni Elie Semoun) sait écrire un scénario, mais du coup on se fait chier sur certains passages, Steven Seagal a de gros restes, Bébert a une famille assez nombreuse pour envahir Monaco, Machete ne sait pas envoyer de texto, Jessica Alba n’est pas une grande actrice malgré ses gros charismes et Agliam a eu droit à son dépucelage de Rodriguez. Ça valait le coup.

A propos lejury

Le Jury du festival du grand n'importe quoi sur "On l'a vu, nos avis". nosvisionsducinema.wordpress.com
Cet article, publié dans 4e Trimestre 2010, La Cinémathèque, Machete, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Machete: the interview

  1. L'écrevisse dit :

    Là où on comprend que le rédacteur de ce blog est en fait une véritable hydre de Lerne plumitive à 5 têtes (dont une de femme, ce qui permet à coup sûr des plaisirs solitaires insoupçonnables).

  2. Ping : Sucker Punch : l’avis de Grandsteack | On l'a vu, nos avis

  3. Ping : Balada Triste : l’avis de Grandsteack | On l'a vu, nos avis

  4. Ping : Tops 3 by Grandsteack | On l'a vu, nos avis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s