Buried : l’avis de Claudotator

affiche buried ryan reynoldsLes premières fleurs faisaient déjà leur apparition dans les plaines du Mäynheyr en ce début de printemps. Un vent encore vif descendait des pics enneigés des Kändhoriens, les plus hauts sommets des montagnes noires… Du Swinkhland aux steppes de Mondhiar, la nature semblait renaitre, et sous le soleil se réchauffaient les eaux de la Blöd-Khilàa…

ARGGG!! Mais moi, je n’en peux plus de tout cet espace, où il n’y a aucune limite!! Et mon agoraphobie naissante, on en fait quoi??

-Calme toi Clauclau, ce n’est qu’un blog.

-Naaan!! J’en ai marre! Je me casse et je vais voir un film pour claustrophobes…

-Non Clauclau, n’y vas pas!!

-Mais tu fais chier, là!! Si j’ai envie d’aller voir un flim ce n’est pas toi qui m’en empêchera!

Ainsi, le torse bombé et le cerveau analysant comme ennemi tout volume de plus de 5 mètres cube, je vis

BURIED

le synopsis étant sur le site, je ne vais pas le remettre ici et vais passer directement à mon avis sur le film (oui, car je l’ai vu, => mon avis).

Le film commence sans image, juste avec le son d’une respiration haletante. Puis une lumière jaillit: celle du briquet de Paul Conroy, camionneur travaillant en Irak, et nous pouvons constater ce qui sera l’unique décor du film: un cercueil.

Le réalisateur, Rodrigo Cortes, vient ainsi de poser la limite (presque) ultime du huit clos*, ce qui est déjà un exploit. Mais les bons points du film vont s’accumuler: Ryan Reynold relève le niveau de sa filmographie entière (de mauvaises langues diront que par rapport à Blade 3, c’était facile) , et le scénario, bien que simplissime (un cercueil, un homme dedans avec un téléphone), donne à Buried une profondeur bienvenue.

Ainsi le film porte plutôt un regard sévère sur le conflit irakien: les ravisseurs de Paul sont loin du cliché du terroriste bête (et ils dénoncent la systématisation du mot terroriste en une phrase: « parce que je te terrifie, je suis un terroriste? »**), et l’armée coalisée est loin d’être parfaite, n’hésitant pas à raser la ville où se trouve Paul pour tuer les ravisseurs (oui, il vaut mieux tuer ceux qui vous ont enterrés et risquer de vous tuer par la même occasion pour mieux vous retrouver) ce qui jette un parallèle troublant avec les rapports cachés que wikileak à rendu public***.

En voyant un peu plus large (« non Clauclau, tu vas de nouveau avoir une crise d’agoraphobie! »), la politique américaine est elle même visée, le responsable de la cellule « otages » expliquant à Paul que ces ravisseurs ne sont pas des terroristes, mais ne pouvant pas payer la rançon à ces mêmes gens (car « la règle est connue: on ne négocie pas avec les terroristes »).

Le film en lui même a un rythme lent qui s’accélère petit à petit (avec la tension qui augmente de pair) jusqu’à un final sur les chapeaux de roues. Le seul point que je trouve négatif à ce film est la scène avec le serpent, qui casse ce rythme et qui n apporte rien au film. Heureusement, cette scène est courte!

Un autre très bon point pour Buried est le choix de la prise de vue: la caméra restera toujours dans le cercueil (à part à deux moments du film, pour nous montrer l’isolement grandissant de Paul) et suivra son regard, ce qui permet une forte identification au personnage (bien meilleure que pour le personnage cameraman de Cloverfield par exemple****), alors que le reste du monde fait justement le contraire, le résumer à un chiffre de compta.

Un autre élément important du film est le téléphone, ligne de vie qui relie Paul à la surface (justement on retrouve cette thématique de ligne dans le générique) remplit l’espace des voix qu’il fait transiter, est l’outil de soumission des ravisseurs (qui ordonnent à Paul de faire des vidéos), tout en donnant des informations à Paul. Grace à lui, nous (bon, surtout Paul) voyons que les gens sensés nous aider sont à peine meilleurs que des robots (on rit jaune quand une steward explique à Paul qu’ils vont tout faire pour régler sa « situation ») et qu’ils nous considèrent comme des chiffres sur un écran.

En effet le monde considère Paul comme un chiffre: 1 million pour les ravisseurs, le prix des indemnités pour son employeur, un parmi la dizaine de disparus pour le responsable de la cellule otage (et qui a l’interdiction de payer la rançon), le nombre de fois que sa vidéo sera vue sur Youtube… Paul leur rendra la pareille, vu que sont seul moyen de les contacter sont des numéros de téléphones, et que la seule personne dont il écrira le nom est un survivant qui a réussi à s’en sortir.

En fin de compte, le combat de Paul ne sera pas contre son ravisseur et la tonne de sable au dessus de lui, mais contre les voix fantômes et interchangeables qui sortent de son téléphone: le film s’enrobe alors d’une troisième couche critique, celle d’une société occidentale où l’empathie n’est plus qu’un souvenir et où les relations entre personnes sont réduites à des échanges de phrases dégoulinantes de politiquement correct échangées entre deux numéros.

De téléphone.

*J’ai mis presque car on ne sait pas si Passe Partout voudra faire un jour un film dans une boite à chaussure.

**Cette phrase me fait penser a cette femme qui manifestait pour dénoncer les cheminots qui « prenaient la France en otage » par la grève et qui étaient des « terroristes »… Dès que ce mot est prononcé, il faut regarde la bouche en cul de poule qui le prononce.

***Comme celui où, lors d’une opération pour avoir un rebelle, 4 enfants qui passaient par là ont été tués …

****Non, je ne me souviens plus de son nom, juste du fait que c’était un boulet.

A propos claudotator

https://nosvisionsducinema.wordpress.com
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2 commentaires pour Buried : l’avis de Claudotator

  1. Dicky dit :

    Ta critique est très bonne et très construite mais je trouve que politiquement le film ne va pas assez loin, il reste très en surface (amusant pour un film enterré vivant). Il parle d’un fait et laisse le spectateur faire la dénonciation lui même, peut être l’exercice est habile mais il manque de percussion et de répercussion comme sa vidéo youtube est trop édulcorée alors qu’elle aurait pu servir de brulot dénonciateur d’une nation capitaliste laissant mourir les siens et où les entreprises préfèrent juridiquement se défoncer pour éviter de payer des dédommagements records. Manque un peu de punch à ce niveau là, sinon il y a des moments où on est pas très à l’aise et on est content de sortir saint et sauf de ce cauchemar collectif.
    Cordialement

    Dicky le Canard

  2. cracoucas dit :

    Buried, ça commence comme un court métrage d’ Hitchcock, ça finit comme Fort Boyard.

    L’idée est bonne: passer 1h30 dans un cercueil avec un otage.
    Jamais le cinéaste ne sortira la caméra de la tombe, c’est un exercice de style excitant, on se demande comme le réalisateur va tenir.

    Le début est réussi: angoissant, claustrophobe, on est avec l’otage, et deux dans une boite en bois, ça fait beaucoup.
    Pour tenir son pari, Rodrigo Cortes a fait construire une dizaine de cercueil différents, lui permettant de filmer l’otage sous tous les angles différents.
    Première erreur: certains cercueils ont la taille d’un coquet F2 et son plus grands que la plupart des chambres d’étudiants.
    Deuxième erreur: trop de plans. Pour ne pas que le spectateur habitué aux séries télés ne zappe, il multiplie les angles « aère » le film, le rendant plus supportable, ce qui est une ânerie.
    Troisième erreur: pour ne pas que le spectateur s’ennuie, il multiplie les péripéties.
    On le suit au début: une prise d’otage, sous fond de conflit Irakien, le laïus « les américains n’ont rien à faire là bas » (présent dans tous les films américains apparemment), le coté « les politiques nous ont trahi », la métaphore: ok.
    Pas subtil, subtil, mais bien mené. Idéal pour que le spectateur habitué aux séries télé reste scotché.
    Muni de son téléphone portable, le héros a accès au monde extérieur.
    Problème: le film est du coup extrèmement bavard, ça aussi, ça « sauve » le spectateur, et empeche de faire sentir l’isolement. Mais c’est quand même rare de vouloir qu’un otage ferme un peu sa gueule.

    Rodrigo Cortes veut bien relever un pari, mais sans s’infliger les contraintes prévues. Il renonce à étouffer le spectateur, en échange, son film est accessible et l’exercice de style reste viable commercialement.
    C’est un peu décevant, mais malin et assez bien fait.

    Hélas à multiplier les péripéties, « Buried » devient une adaptation cinéma de Fear Factor ou Fort Boyard: la pièce sombre, les animaux dégoutants, le sablier…Manque le saut à l’élastique et les tigres, mais le reste y est.

    Plus embetant.
    Le film ne raconte pas l’histoire d’un homme détenu en otage dans un cercueil, mais celle d’un homme complement abruti détenu en otage dans un cercueil.

    La question n’est plus: « va-t-il s’en sortir » mais « comment avec un QI aussi minuscule est il arrivé à l’age adulte ? »

    Exemple: vous êtes enterrés, vous n’avez plus beaucoup de batterie,vous devez donnez des renseignements sur votre situation qui vous permettrait de sauver votre peau.
    Vous faites quoi ?
    Notre héros, lui, appelle sa maman atteinte d’Alzheimer.

    On a pas franchement envie qu’un mec comme ça s’en sorte et puisse voter.

    Je passe les autres exemples.
    Bref, Buried est amusant, Rodrigo Cortes est incontestablement un bon cinéaste prometteur, mais le scénariste est assez mauvais, et Cortes n’arrive pas vraiment à y remedier.

    Un bon film, hélas pas assez angoissant ni assez gonflé pour tenir son pari.

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