Fair Game: la vie de Bool

Ah! Je vous vois déjà venir, vous, avec votre petite souris cliquant sur ce lien cherchant peut-être un échappatoire à ce monde de merde à travers le cinéma et son (et votre par la même occasion) serviteur! Mais voilà tandis que vous vous prélassez devant votre écran, assis(es) confortablement avec une bière à la main, Mister Bool est au fourneau, croulant sous les factures, les vêtements et la vaisselle sale, les copies à rendre: le stress et la fatigue l’envahissent… et pourtant ce soir Bool est chez lui, il a éteint toutes les lumières… ce soir, c’est soirée critique!

Bon par contre je suis désolé, je suis encore là pour dire du bien du film que je suis allé voir… Et ouais, y’en a qui choisissent bien leurs films; faudrait pas non plus que je paye pour aller voir des navets, il suffit que je promène ma mule près du torrent pour ça, quoique la source ce soit un peu tarie ces derniers temps!

Fair game donc. Oula, je sens déjà sur moi le regard accusateur des anglophobes criant au scandale devant ce titre dans la langue de Shakespeare! Mais rassurez-vous et examinez ce titre: deux mots, « fair » comme dans fair-play puis « game » comme jeu, bravo, c’est ça la puissance intellectuelle. Mais pourquoi ce titre? En regardant le film en vo (vade retro satanas, diront certains) vous vous apercevrez que c’est l’excuse employée par les vilains pour traîner notre brave héroïne, Valérie Plame (Naomi Watts toujours aussi jolie et talentueuse, un brin trop théâtrale peut-être), dans la boue.

Le film nous narre, en effet, l’histoire vraie de Valerie, agent de la CIA spécialisée dans les ADM (lire Armes de Destruction Massive) qui voit sa vie (et celle de sa famille) brisée quand elle est présentée comme traître à la nation, tout ça car son mari, Joe Wilson, diplomate, nie publiquement les affirmations du gouvernement concernant la présence d’ADM en Irak.

Oui il s’agit encore d’un film parlant de l’Irak. Cependant le point est plutôt original puisqu’on n’est ni plongé au cœur des combats, ni dans le cœur des soldats en mission ou rentrés au bercail. Ici c’est la bataille des rapports internes puis des médias qui est exposée, nous rappelant au passage la période du maccarthysme. Si le film n’est pas transcendant par sa réalisation (Doug Liman, à qui on doit La mémoire dans la peau, fait bien son boulot) ou par son interprétation (quoique le duo Naomi Watts/Sean Penn soit au top comme dans 21grammes), c’est par le thème traité et la façon dont il l’est que le film est intéressant (en plus d’être un bon divertissement).

On est en face d’un problème récurrent: qui croire aujourd’hui? La science, les médias, le gouvernement? Toi, lecteur, tu n’es point bê(êêê)te (Panurge n’est pas le maître de ton troupeau, tu es plutôt style génie des alpages) et grâce à ton sens critique extrêmement développé, tu écarteras toutes ces questions du revers de la main… et pourtant!

Tout commencera quand le vilain viendra te narguer avec un soit disant scientifique aux arguments mielleux, continuera en te demandant si tu es sûr à 100% de tes dires, et quand tu lui avoueras que non en toute rigueur, il fera disparaître ton opinion car la moindre nuance de gris, dans un monde manichéen où la foule est trop préoccupée pour penser, n’est vouée qu’à disparaître. A présent dépourvu de tout droit de parole, tu devras, pour regagner la foule, utiliser les moyens de l’ennemi: les médias. Et des publications dans les journaux dits sérieux ne suffiront pas. Tu devras tenter une vulgarisation de ton propos, pour atteindre toutes les couches de la société et faire se mettre en branle l’appareil démocratique.

Mais là encore les écueils seront nombreux: tes propos rattachés au communisme (ou l’opposé, te faisant ainsi gagner un point Godwin), la moindre de tes fautes décortiquées en public, tes proches fustigés car nécessairement contaminés… Les gens te feront peut-être confiance mais ils n’auront pas forcément compris tes idées. Deux armées de moutons-zombies s’affronteront pour enterrer l’autre jusqu’à la prochaine campagne électorale. Tu finiras avec un peu de chance par trouver une justice juste (et le pléonasme est rigueur) pouvant confirmer tes dires. Toi qui combattait les clichés, et l’ignorance allant de paire, tu seras écartelé sur la place publique, divertissant la foule jusqu’au prochain condamné.

Fair game n’est pas un vulgaire film à complot qui aime flatter justement ce sentiment de « théorie du complot », il montre à quel point il est dur de faire le funambule entre les deux extrêmes sans faire basculer sa famille avec soi.
La réalité de l’affaire et le fait d’être plongé dans le cœur de la CIA rendent le film un peu plus pimenté, pour donner au final quelque chose de divertissant pendant puis source de débats après.

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Un commentaire pour Fair Game: la vie de Bool

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