Biutiful: l’avis de B00L

Alejandro González Iñárritu! Il faut bien dire qu’avec son très bon 21 grammes qui offrait (entre autres) une vision de la vengeance mille fois plus complexe que n’importe quel film hollywoodien; puis son Babel (que j’ai moins apprécié mais qui reste une grande réalisation) faisant trembler plus que la plupart des films d’horreur, Inarritu a déjà fait ses preuves en tant que réalisateur et créé son style. Biutiful semblait s’inscrire dans son oeuvre dès la bande-annonce: noirceur et complexité de l’Homme mais aussi espoir toujours illustrés avec des histoires réalistes (réelles?).

La force d’Inarritu, c’est de réussir à définir ses personnages avec une extrême justesse en quelques scènes puis de les faire évoluer avec cette logique implacable qui nous fait comprendre les personnages (voir nous y identifier). Mais c’est aussi ce qui peut rebuter dans ces films: l’exposition cruelle d’une possible réalité où ces personnages pourraient être nous. Inarritu nous plonge violemment dans la misère, ici à Barcelone, et la descente dans les profondeurs de cette misère n’est pas de tout repos, le sentiment de dégoût n’est parfois pas loin (Inarritu filme les scènes cruement: la maladie, la mort, la pauvreté sont montrées sans artifices et l’effet est bien plus percutant que le gore industriel d’Hollywood). Et pourtant après cette traversée, la lumière est là, car comme il est dit dans la bande-annonce: une fois que la tempête est traversée, « Your life won’t be the same. It will be biutiful ».

Si ce nouveau film reprend le schéma des précédents avec au programme esprits torturés par la mort avec destins croisés (coïncidence ou destin? le côté fantastique de Biutiful fait pencher pour le second), il a quand même des particularités qui le font, pour moi, se placer entre 21 grammes et Babel. La qualité de réalisation est toujours au rendez-vous, Inarritu filme les tréfonds de Barcelone captant au passage des images magnifiques parsemant le film (symboles de la beauté au milieu d’un milieu étouffant/de la bonté dans un être méprisable?).

En effet, si on observe le personnage de Uxbal (Javier Bardem, un des grands acteurs d’aujourd’hui) de l’extérieur, c’est un peu le roi de la magouille: policiers corrompus, esclaves asiatiques, vendeurs de contrefaçons africains constituent son monde. Et pourtant, de l’intérieur (le cadrage et les mouvements de la caméra nous font nous placer comme voyeurs dans la vie de Uxbal, renforçant encore le sentiment à la fois de dégoût mais aussi de proximité avec les personnages), il est un genre de père parfait sur lequel pèsent tous les malheurs du monde et il tente de leur échapper tant bien que mal. Sa sagesse est mise à rude épreuve lorsque qu’il apprend qu’il est atteint du cancer, et le lâcher-prise n’est pas une solution avec tous ces problèmes qu’il laisserait en suspens en mourant. Donc il se débat, créant ainsi la tempête annoncée, déchaînant les morts qui ne le laisseront en paix que lorsqu’il aura accepté sa condition. Ces morts sont son lien persistant avec l’au-delà qu’il entretient à travers ses croyances et à l’aide de son amie guérisseuse. C’est elle qui l’aidera à préparer sa mort et lui éviter de revenir hanter les vivants, comme les fantômes qu’il aperçoit. Son face-à-face avec la mort (débutant par l’annonce du cancer et l’ultimatum du médecin) prend aux tripes puisqu’on connait déjà son issue: Uxbal est tel le taureau dans l’arène, on le regarde blessé et agonisant, jusqu’à la fin. La présence de ces enfants ne fait que rendre plus douloureuse la chute et pourtant on sait qu’il part en paix au paradis où la mort côtoie la pureté de la neige. Telle une danse macabre dans laquelle les morts entraînent les vivants, Biutiful raconte la mort qui semble d’abord si effrayante et pourtant qui est si naturelle. Pourquoi la craindre?

Cependant ce film me laisse un sentiment amer, il n’est pas « plaisant » à voir, parfois énervant parfois presque insupportable (on se croirait sur Arte admirant le lion dévorant la gazelle sans rien pouvoir faire). Ce côté voyeur dans lequel se conforte Inarritu (mais c’est son style) peut gêner. En ajoutant quelques lenteurs (surtout dûes à la femme d’Uxbal), mon sentiment dominant concernant le film pourrait être « moyen ». Mais en creusant un peu ce sentiment, je me dis que c’est sans doute une astuce de mon esprit pour me faire oublier un film beau mais dérangeant.

Cet article, publié dans 4e Trimestre 2010, Biutiful, La Cinémathèque, est tagué , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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