The Social Network: l’avis de B00L

Un film sur Facebook? Hum, ça va être une grosse bouse! C’est pire qu’une adaptation de jeu-vidéo à la Resident Evil, y’a même pas d’action, c’est juste pour se faire du fric sur un truc mondialement connu et avec déjà 500 millions de spectateurs potentiels. C’est encore un vieux biopic sorti de derrière les fagots sur le phénomène du moment!

Voilà, ma première impression quand j’ai entendu parler du film. D’autant plus qu’une bio de Mark Zuckerberg, ça en jette beaucoup moins qu’une de Malcolm X. Cependant, The Social Network avait un argument de taille: David Fincher aux commandes (oui, oui après Fight Club, un film sur Facebook? Bizarre, mais finalement pas tellement comme on le verra par la suite). Ma curiosité était alors titillée, puis la bande-annonce arriva. Pas particulièrement excellente, mais elle dévoilait déjà le caractère énigmatique du personnage principal: Zuckerberg. La chanson présente dans cette bande-annonce (visible ici) qui semble mignonne à la première écoute, n’est en fait qu’une version chorale (par  Scala & Kolacny Brothers) de Creep par Radiohead; voici quelques paroles pour vous mettre dans l’ambiance:

I don’t care if it hurts

I want to have control

I want a perfect body

I want a perfect soul

I want you to notice

When I’m not around

You’re so fuckin’ special

I wish I was special

But I’m a creep, I’m a weirdo.

What the hell am I doing here?

I don’t belong here

A l’instar du slogan « Vous n’êtes pas exceptionnels, vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique » issu de Fight Club, ces paroles laissent transparaître le mal, ou en tout cas l’énergie latente qui habite ce cher Zuckerberg. The Social Network est à la fois une version édulcorée de Fight Club à propos de l’anarchisme, mais cette fois l’histoire est bien réelle, d’ailleurs Zuckerberg fait partie lui-même (il est né en 1984) de la génération Fight Club (sorti en salle en 1999). Les parallèles entre les deux films sont très nombreux: Zuckerberg/Jack (le personnage d’Edward Norton) se retrouvent tous les deux propulsés au rang de leader, connus mais uniquement de nom, ils n’ont aucun ami. Ils installent leur organisation dans une maison où leurs complices travaillent jour et nuit. Ils sont hantés par une fille Erica/Marla Singer (et la dernière scène des films leur est consacrée). Leur mentor est aussi leur double (maléfique?): Tyler Durden/Sean Parker (inventeur de Napster: un des premier service de P2P pour la musique) sont tous les deux des playboys (Brad Pitt/Justin Timberlake), avec la tchatche et l’expertise nécessaires pour convaincre nos héros, puis sont finalement dépassés par ceux-ci. Pour changer de vie, ils ont eu le déclic (quoique que celui d’Edward Norton se développe très lentement sur la base de ses insomnies alors que Zuckerberg crée Facemash à moitié bourré). Et c’est justement parce que le film est centré sur le personnage et pas vraiment sur Facebook que le film est intéressant.

Faisons d’abord un petit point sur le scénario. Le film débute, en 2003, sur la soirée où Mark Zuckerberg se fait largué par sa copine, il rentre dans sa chambre à Harvard et décide de créer Facemash: un site où on peut choisir entre deux photos de filles pour dire laquelle est la plus « hot », photos que Mark aura hackées depuis les serveurs des différentes maisons de Harvard. Alors qu’il est convoqué au conseil disciplinaire, le succès de Facemash lui vaut d’être recruté par les frères Winklevoss pour coder leur site communautaire exclusif à Harvard. Mark accepte et décide de créer TheFacebook mais sans les Winklevoss, il demande des financements à son ami Eduardo Saverin. Le site grandit à vitesse grand V, s’exporte dans d’autres universités puis en Europe, grâce notamment à Sean Parker: ex-vedette d’internet fauchée, The Facebook devient Facebook et Eduardo se fait évincer par Sean avec l’aide de Mark. Bien sûr, Mark ne manquera pas de se faire accuser par les Winklevoss et Eduardo, on suit dans le film les deux procès en parallèle avec la « vraie » histoire.

Oui car entre les démentis de la com’ facebookienne, les potins parus dans Gala, les romans, on ne sait pas trop qui a raison. Le film offre un vision réaliste de ce qui a pu se passer. Mais ce point est plutôt effacé par le fait que The social network n’est pas un film sur Facebook mais plutôt sur l’esprit du créateur ou même la success story d’un nerd, ce pourrait aussi bien être une fiction que ça ne me génerait pas, le fait que ce soit Facebook apporte juste un caractère à la fois surréaliste et réel à l’affaire (la rapidité de développement de Facebook, le nombre d’utilisateurs et les sommes mises en jeux font en effet tourner la tête). Le film nous plonge surtout dans l’extravagance à l’américaine. Ici l’université accueille les gens les plus riches, les plus intelligents ou les plus sportifs; la démesure est partout: les soirées très selects des « frats » où l’alcool coule à flots, les entraînements sportifs à 4h du mat’, les journées entières à coder sur son ordinateur, les prix Nobels, les entreprises se créant par dizaines… Pas de place pour la défaite ou les gagne-petits (comme pendant la scène de la compétition d’aviron). Et Mark, le nerd frustré, en est persuadé, il veut réussir et il y arrivera, le prix importe peu. De son incapacité à communiquer avec les autres (cf la scène d’ouverture où il débite les avantages qu’il y a à rentrer dans un « final club », sans se soucier des pensées de sa copine), il va faire une arme et créer l’outil de communication ultime, omniprésent. Mais cela ne changera rien pour lui car il est solitaire par nature, il n’arrive pas à entretenir les relations avec ses amis. Il tente tellement d’être un connard: être haï lui permet au moins d’être visible.

Ainsi, The Social Network, en plus d’être divertissant (en partie grâce à sa brochette d’acteurs convaincants: en particulier Jesse Eisenberg dans le rôle de Zuckerberg, grâce à son montage sobre et efficace, et aussi grâce à la musique de Trent Reznor qui nous accompagne tout au long du film), s’avère aussi très riche au niveau psychologique et pose des questions sur la réussite et la solitude. Très bon film donc même s’il est paradoxalement limité par son caractère biographique.

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