Wall Street, l’argent ne dort jamais: l’avis de B00L

Ah le mercredi après-midi, ce moment propice à la découverte de nouveaux films: parfois perles souvent bouses, mais toujours comblant ce manque omniprésent de cinéma!  Au programme, après deux semaines de jeûne cinématographique, Wall Street deuxième du nom, toujours par ce cher Oliver Stone qui s’est dit que si le premier avait marché au moment du krach boursier de 1987, alors pourquoi pas retenter le coup après la crise de 2008? Je précise ici que je n’ai pas (encore) vu Wall Street, l’original, et que ce n’est pas du tout gênant pour aller voir le film.

Faisons quelques détours par l’affiche et le casting avant de voir ce que vaut réellement ce film.

Je commence par une petite note sur l’affiche de film (visible ici): elle fait penser au Parrain, avec cette ambiance un peu mafieuse (sûrement voulue par Stone pour critiquer le monde de la bourse), le fils s’installant à la place du père et gouvernant à son tour l’empire du mal: cette thématique du mentor/élève va être très présente dans le film. Mais d’un autre côté, cela ajoute déjà un cliché au film (et il ne va d’ailleurs pas en manquer).

Côté casting: on retrouve Oliver Stone derrière la caméra, habitué des sujets polémiques (guerre du Viêtman qui lui a valu son premier succès avec Platoon, le 11 septembre 2001 et trois biopics de présidents américains), mais aussi capable de films complètement fous comme Tueurs Nés. Wall Street 2 part donc sur de bonnes bases même si on devine qu’il va pâtir de la vision peu flatteuse qu’a Oliver Stone de la bourse. Devant la caméra sont présents entre autres: Michael Douglas (parfait dans le rôle du vieux singe connaissant toutes les magouilles), Shia LaBeouf (qui n’a toujours pas trouvé sa place, autre qu’en héros teenager: lui c’est comme Ben Affleck je peux toujours pas l’encadrer) et Josh Brolin (c’est toujours sympa de le retrouver, en plus il est aussi à l’affiche du nouveau Woody Allen), Eli Wallach (que je signale vu que notre truand préféré qui n’a que quelques scènes remplit pleinement son job en nous faisant rire deux/trois fois grâce à ses mimiques). Pour le moment le film a toujours l’air prometteur, mais voyons un peu du côté du scénar….

J’ai envie de dire que le scénario est vraiment pourri mais je me retiendrai parce que en fait, il est au-dessus de la moyenne (sachant que la moyenne est bien basse). On est en présence d’un truc plat au possible, je vais donc un peu spoiler. Un jeune trader prometteur et écolo (Shia LaBeouf) fiancé à une fille de gauche dont le père était lui-même un gros escroc (Michael Douglas)(pour l’instant ça a pas l’air très crédible à moins que l’amour soit tout-puissant); il perd son mentor, dirigeant d’une importante banque de crédit, qui ne faisait que mettre ses merdes économiques sous le tapis jusqu’à ce que la vilaine crise (et le méchant du film) vienne mettre une bombe sous ledit tapis, forcément ça sentait pas bon dès le début. Notre jeune Jake décide de se venger, de faire payer les méchants chefs de la bourse et puis au passage de financer son « rayon laser » perso (avec le clignement de doigts que vous imaginez) censé sauver le monde de la crise énergétique.

Bon c’est un peu exagéré mais pas trop. D’un côté on a un thriller boursier classique, au programme: comptes au Caïman, traîtrises, jonglage avec les millions, les bonus, les cours de la bourse, vengeances….  Tout ça montré avec de grosses ficelles. De l’autre côté, Monsieur Stone jongle avec son trio « émotion »: le père-escroc qui se réconcilie avec sa fille gauchiste et prend sous son aile son gendre-escroc-aussi-mais-pas-trop, puis en fait non parce que le père est resté un escroc et que le gendre est trop naïf (c’est d’ailleurs son seul défaut!), mais y’a un bébé donc tout s’arrange: Happy End! Ces passages mélo semblent là pour rythmer le film et rendre plus humain ce monde de chiffres (enfin c’est des nombres mais tout le monde s’en fiche), l’intention était bonne mais qu’est-ce que c’est cliché, comme tous les personnages d’ailleurs….

Ces clichés sont aussi d’ordre esthétique: les cours de la bourse suivant la skyline de New York pendant le générique de début, la superposition de nombres à l’écran quand on parle business (quoique déjà moins envahissants que les films antérieurs où l’écran se remplissait de chiffres), travellings sur les immeubles, le plan classique d’une rue bondée de Wall Street filmée juste au dessus des passants (au ralenti et en accéléré à deux moments du film)… Les dialogues sont aussi sujets à ces clichés: le phrasé du trader est mielleux, et parsemé de citations ou de maximes connues illustrant son propos, les techniques de vente se ressentent même dans les discussions familiales.

Si, à première vue, tous ces clichés semblent nuirent au film (et c’est vrai), cela peut s’expliquer par le fait que justement la crise économique est fondée sur la crédulité des gens. Le film est, à l’instar du discours du personnage de Michael Douglas pour vendre son livre, convaincant au premier abord mais en grattant un peu on voit son caractère superflu, superflu comme ce château de cartes qu’est la bourse? Il est vrai que le film sonne parfois juste: comparant l’argent à la drogue (avec la figure de la mère de Jake complètement junkie, version édulcorée de Requiem for a dream), montrant le pouvoir positif que peut avoir la bourse (financement de la recherche), tout en dénonçant les têtes pensantes gouvernantes s’en mettant plein les poches. Cependant ici encore les problèmes et les solutions ne sont pas assez creusés.

Le verdict est finalement que Wall Street 2 est un film moyen: le points négatifs que sont la foule de clichés, le scénario vide et le manque de réflexion sont (un peu) rattrapés par la qualité des acteurs et du réalisateur qui fait qu’on ne s’ennuie pas (trop) pendant les 2h20 du film.

Cet article, publié dans 3e Trimestre 2010, La Cinémathèque, Wall Street: L'argent ne dort jamais, est tagué , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Wall Street, l’argent ne dort jamais: l’avis de B00L

  1. Charlie dit :

    Critique intéressante mais je crains qu’il y ait quelques points sur lesquels j’aimerais revenir.
    En particulier, les clichés répétés tout au long du film.
    Le personnage de Jake incarne bien toute cette population de financiers qui malgré de grands idéaux brassent des milliards et roulent en Ferraris (je met le S pour bien souligner qu’un certain nombre d’entre eux s’en payent 1 par an). Il est assez effarant de voir combien de dirigeants français de grandes banques a Londres sont d’ex soixante-huitards …
    De plus le personnage de Gecko qui malgré le « happy end » de façade reste tres ambigu et pose la question un homme peut il changer? Il représente avec le mentor de Jake l’espèce des vieux de la vieille, ceux qui magouillent sur des sièges aux conseils d’administration, ceux qui ne jouent pas en bourse mais qui la travaillent.
    Son emprisonnement a été plutôt bien traité, loin du taulard haineux ou au contraire repenti, sa position à l’écart du monde lui permet d’en souligner l’irrationalité aberrante, « chacun sait que le marché immobilier ne fait que monter », son discours inaugural devant le parterre d’étudiants est un manifeste contre l’emprunt à tout va qui caracterise la nouvelle finance, les leviers à 1/400 et la cupidité généralisée.

    Le reste du film sonne comme une démonstration par l’exemple de ses propos.
    C’est réellement a ce moment que « les problèmes et les solutions » sont exprimées, d’ailleurs il est le premier à les mettre en pratique: bonne vieille méthode des comptes en Suisse, arnaques en tout genre: les phrases les plus frappantes pour cela sont « comparés à ces gars je ne suis rien » lorsqu’il montre à Jake une photo de Bretton et Cie sortant de réunion avec le secrétaire d’Etat, et une fois qu’il a piqué les 100M$ et qu’il monte ses fonds d’investissement à Londres (tiens, tiens, encore une évolution Wall Street est dépassé par la City) et qu’il lance à son associé « on joue avec le marché, sur les écarts de cours comme au bon vieux temps ».

    Voilà pour mon premier post sur ce très bon blog.
    Charlie

  2. B00L dit :

    Si Jake sort d’un côté du cliché trader sans autre idéal que l’argent, il rentre de l’autre côté dans la branche des purs idéalistes naïfs….
    Et Gekko pour sa part, même s’il a traversé la prison, cela ne l’a pas fait changer à part vis à vis du temps (il sait qu’il vieillit et veut assurer sa descendance d’où la fin), son expérience carcérale, lui apporte justement la crédibilité qu’il avait perdue en étant condamné, mais dans le fond tout reste pareil pour lui, il est juste plus sage que les « jeunes naïfs » d’aujourd’hui. Il remet de l’ordre dans l’absurdité des causes de la crise mais ne donne pas de solution réelle à la situation, il se contente de stagner.

    Le film montre l’ascencion et la décadence de jeunes requins alors que les vieux restent stables, mais cela n’apporte rien concrètement. Des vieux clichés remis au goût du jour mais des clichés quand même auxquels on rajoute ceux d’actualité.

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