Shame : l’avis de Flikflak

I'm blue dabadee dabada. (oui, j'ai honte)

Le film fait le pari de traiter sans voyeurisme ni moralisme un comportement rarement traité à l’écran, l’addiction sexuelle. Pour initier ce sentiment, durant une bonne heure 1/2, Steve McQueen nous présente de (trop) longues séquences d’une vie quotidienne morose.

Résumé du tiers de la séance : courir sous la pluie (je me suis assoupie), passer et repasser les portes de son appart, marcher dans les rues de NY, seul, la nuit. Impression que le réalisateur souhaite nous emmener quelque part, mais pour déboucher sur une introspection vide. Il faut chercher sans cesse des clefs dans les détails et les rares dialogues.

Simpliste, la photographie : noir & blanc terne pour la solitude de l’appartement, gris « humide » pour la solitude en ville ; la vie sociale apporte des touches de couleur floues : orange diffus au bar, rose en « boîte » gay, marron au bureau, jaune au resto ; les contours du corps des femmes contrastent avec cet univers morne.  Le rapport du personnage à sa maladie n’est pas verbalisé, on peut même se demander si il en est conscient, s’il veut « s’en sortir », et où est l’intérêt du film si rien ne bouge.  Limite du genre : frustration et ennui.

Incohérence (et foutage de gueule) : Brandon gagne (très bien) sa vie. Les 2 scènes de bureau nous font comprendre qu’il en branle pas une (façon de parler) : il passe ses journées à regarder des pornos sur son ordinateur. Cohérent avec sa maladie, certes, mais pas son train de vie… [Donnez-moi les coordonnées de la DRH, je postule direct.] Si vous êtes smicard ou apparenté, vous trouverez dans ce film une raison supplémentaire de vous pendre. Heureusement pour vous, ce film n’a pas beaucoup d’intérêt et votre porte-monnaie peu garni vous orientera plutôt vers du streaming (bouh !) ou une salle à pop-corn avec votre petit cousin. Bref, la vie de bureau n’est qu’un faire-valoir mal fagoté de la normalité extérieure du personnage.

On a donc un personnage qui s’ennuie (et nous avec) chez lui, dans son boulot, avec ses amis –du bureau-, … et la famille ? Si seulement… Lorsque la sœur de Brandon, artiste bohème aux antipodes de son frère, met un pied dans la porte de Brandon, on veut y croire. C’était oublier que ces deux-là se nient, transcendant difficilement leur souffrance. Malade, Brandon ne laisse pas part au(x) choix. En découle un scénario linéaire. Dommage car les acteurs principaux jouent vrai, les discours sonnent justes. Bon point supplémentaire (et pari réussi !): l’absence de morale, il aurait été shameful de juger les comportements dépeints.

Le thème promettait d’être passionnant. Au lieu de cela le spectateur est pris au piège dans un spectacle lent, mou, l’obligeant à voir plus qu’à regarder. J’ai bien peur que ce film ne serve qu’un public de happy few, de la tribu des adeptes du slow-movie après le slow-food et/ou le slow-sex. Là où Lost in Translation réussissait à faire vibrer les chemins éthérés et où Requiem for a dream nous emmenait frissonnants dans les sous-sols glauques de la drogue, Shame nous enferme dans un désert affectif et nous dit : regardez ! So what (the fuck) ? Nothing. Un soir de pluie sous la ville grise et la solitude de l’intimité des passants. Passez votre chemin.

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